NICOLE THERNISIEN PEINTURES
Les thèmes apparents révèlent de sujets obsédants, récurrents, prolifiques, ici un arbre semble errer au fil de l'eau, là, une construction géométrique surgit du tableau, improbable et tangible à la fois. Toute une sensibilité nouvelle peut s'y retrouver. Pourtant l'essentiel tient autant à sa facture qu'à son propos. La surprise tient du style: de hautes pâtes, autant sculptées que peintes incrustent les objets dans l'espace de la toile, en vérité, déposés là, comme autant de signes et de questions. Tout cela suscite une poésie paradoxale, une poésie de choses et d'éléments.
Peu de formes, une ascèse décidée, l'acuité du travail nous confronte à un lieu sans origine, à un dépaysement très proche. C'est un vagabondage de l'attention.......Un torrent d'impressions. Des pierres angulaires s'accrochent sur la toile, comme des pyramides, des géométries incertaines affrontent le flux et le reflux. Tout un univers se suggère à travers cette confrontation du léger et du lourd, du mouvant et de l'immobile.
Les oeuvres se répondent, en séries, en diptyque...... mais cette logique ne révèle pas d'un calcul délibéré. Ce choix renvoie à une nécessité que l'artiste rencontre au cours de son travail, à une nécessité enfouie comme une source ignorée, interrogée, mise à l'épreuve......
Une sorte de dépouillement patient permet de conjuguer les contraires. Ainsi, les valeurs tactiles s'harmonisent aux valeurs visuelles. Le travail des matières se conjugue à une grande délicatesse de couleurs, une palette presque éthérée, liquide, fuyant dans l'infini des nuances. Les plis de la matière répondent à la gravité des volumes. Les frémissements immatériels, les reflets fugitifs, viennent se heurter à des angles morts, à des quais inhabités.
Un équilibre paradoxal surmonte les conflits de formes, une étrange légèreté transparait alors........
Jean-François CASSAT
Dès que mes yeux se sont adaptés au rayonnement de ces tableaux, quand je les ai vus pour la première fois, j'ai perçu un affrontement entre ferveur et inertie. Souplesse, maniabilité et rigidité, fantaisie et engourdissement.
Toutefois, j'ai été troublé par un mélange de gêne, de curiosité et d'étonnement. J'ai été subjugué! Deux images ont surgi de ma mémoire et se sont mises à flotter au ras des tableaux. Celle du vieux pêcheur d'Hemingway, seul dans sa barque, face aux requins, vagues, nuit, vent;et celle du rescapé de Marquez, seul assoiffé sur son radeau entre océan et ciel.
Mais ici il y a de la peinture pas de requins et de thons, ni un rescapé flottant à la merci du soleil et du destin! Ici il s'agit de l'antagonisme entre les matières, si je ne me trompe! La fluide vivacité et la rigide massivité, la souillure et la pureté!
C'est la fantaisie au coeur de la réalité, non pas celle d'un monde romancé. Quelles trompeuses évocations que celles de la barque et du radeau!
Le rapport est charnel et essentiel. Ne s'agirait-il pas de la survie là aussi? Me suis-je demandé? Mais oui assurément.....
Ici tout se joue dans un combat pour la survie et la dignité.
N'est-ce pas la bataille de la vie et pour la vie là aussi?
Car quel sens a la vie pour un artiste s'il ne cesse d'explorer, de se confronter, de se chercher?
Et voilà le don : Un bouquet coloré par la lumière et la passion.
Magid.M.ALIAS
Nicole Thernisien Peintures
C'est un très-peu-de-vent un bord
de calme demeure une boue
un vert de fond qui gît un flot
un roc
des hommes la trace l'ombre
du muet les couleurs des histoires
Une imposture d'air et d'eau tenue
ici sous le silence
et sous le bruit des mortes d'oubli
les courantes sans feu ni lieu les belles
indifférentes aux corps passant
aux hivers
Tous les ciels les remous
le gréement de toile brute en saccage
tes gestes propres à rendre
les routes bornées que tu pris sous le plat du ciel et des eaux
Pas de ciels autres que
les flots tout le tric trac du corps
la plage de sombre place la tienne
au contact de l'air que remembre
ton acte de halage qui déversa l'eau et le ciel ici.
Marielle BILLY novembre 2003